Après avoir interrogé l’inassurabilité des personnes dans le numéro 306 (octobre 2025) de votre magazine, il apparaît essentiel de considérer celle des territoires comme un prolongement naturel de cette réflexion. Car derrière les zones à risque, ce sont avant tout des vies, des parcours et des équilibres sociaux qu’il s’agit de préserver.
Les épisodes climatiques extrêmes ne relèvent plus de l’exception. Inondations à répétition, sécheresses prolongées, tempêtes violentes ou forts épisodes de grêle s’inscrivent désormais dans le quotidien de bon nombre de territoires. Ces phénomènes, amplifiés par le dérèglement climatique, ne se contentent pas de provoquer des dégâts matériels : ils interrogent en profondeur notre modèle de solidarité, en particulier à travers la question de l’assurabilité des territoires et de la protection des populations les plus fragiles.
Aujourd’hui, ce sont des zones entières qui se trouvent progressivement confrontées à une forme d’exclusion similaire. Dans certaines régions, la répétition des sinistres entraîne une hausse des primes, des franchises, voire des refus d’assurance. À terme, c’est la capacité même à habiter, investir ou reconstruire dans ces territoires qui est remise en question.
Ce phénomène d’inassurabilité territoriale ne touche pas tous les habitants de la même manière. Les populations les plus vulnérables sont aussi les plus exposées. Habitats précaires, logements mal isolés, implantation en zones à risque faute d’alternatives économiques : autant de facteurs qui renforcent leur fragilité face aux aléas climatiques.
À cela s’ajoute une capacité de résilience plus limitée. Lorsqu’un sinistre survient, ces ménages disposent de moins d’épargne, de moins de solutions de relogement, et souvent d’un accès plus restreint à l’information et aux dispositifs d’aide.
L’enjeu est donc double. Il s’agit, d’une part, de préserver l’assurabilité des territoires en adaptant les modèles existants. Cela passe par une meilleure prévention des risques, des politiques d’aménagement plus responsables, mais aussi par une réflexion collective sur le partage du risque. Les mécanismes de mutualisation, au cœur du modèle des mutuelles, prennent ici tout leur sens. Ils permettent de répartir les coûts liés aux sinistres et d’éviter que certains territoires ne soient totalement exclus du système.
D’autre part, il est essentiel d’accompagner les populations les plus exposées. Cela implique de renforcer les dispositifs de solidarité, d’améliorer l’information sur les risques et de soutenir les initiatives locales de prévention. L’éducation aux risques climatiques, l’accès à des logements plus sûrs ou encore le développement de solutions d’assurance inclusives sont autant de leviers à mobiliser.
La question n’est plus seulement de réparer, mais d’anticiper et de s’adapter. Elle nous invite à repenser notre rapport au risque et à la solidarité.
Dans cette transition, les acteurs de l’économie sociale et solidaire ont un rôle clé à jouer : en portant des valeurs de solidarité, en innovant dans leurs offres et en contribuant à maintenir un accès équitable à la protection pour tous, quels que soient le lieu de vie ou la situation individuelle.
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